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Carte carburant : Vers toujours plus de services

jeudi 28 septembre 2017, par Guillaume GENESTE, Louis DAUBIN

Les 4 points
1) Les cartes carburants sont largement employées par les grandes entreprises et les sociétés ayant choisi la LLD avec services. La marge de progression reste forte auprès des TPE – PME.
2) Les cartes carburants permettent aux entreprises de simplifier la gestion de leur poste carburant, notamment grâce à la facturation centralisée et même dématérialisée proposée par les intervenants du secteur.
3) A l’obtention d’un prix des carburants négocié au plus bas, les cartes carburant associent de plus en plus de services. C’est cette notion de services qui fait désormais la différence et devrait encore se développer.
4) Les enseignes de la grande distribution représentent 60 % de la distribution de carburant en France. Pourtant, elles peinent à séduire les professionnels malgré le développement de prestations adaptées et de cartes carburant.


Combien de cartes carburant en France ?

Le concept de la carte carburant est bien implanté en France, sous l’impulsion et l’égide du pétrolier national et de sa célèbre et historique carte GR. Cela étant, de nombreux autres acteurs sont désormais présents et proposent des prestations équivalentes. Quelle est l’estimation du nombre cartes carburants en circulation en France ?

« Il est difficile de connaître le nombre exact de cartes carburants en circulation. Une chose est sûre, c’est que le monde du transport routier de marchandises est largement équipé avec souvent deux cartes par camion. Dans le secteur des VUL et des voitures particulières, plus on descend dans la taille d’entreprise moins il y a de carte carburant » explique Jean-Paul Pareige, directeur cartes EFR. « Les cartes carburant sont effectivement le plus souvent présentes dans les entreprises ayant un parc de véhicules conséquent. Plus on descend dans le nombre de véhicule en parc et moins la carte carburant est présente. Dans les entreprises ayant moins de 20 véhicules en parc, la carte carburant n’est présente qu’à 50 % environ. Plus que le kilométrage annuel parcouru par les collaborateurs, c’est la taille du parc et donc quelque part la maturité de l’entreprise par rapport à la gestion de ses véhicules qui est déterminante » confirme Guillaume Cunty, directeur filiale France de DKV.

« Pour les plus grandes entreprises, la carte carburant est avant toute chose un outil de consolidation et de recherche d’optimisation du process carburant notamment grâce à la facturation centralisée. Dans les petites entreprises, la gestion des notes de frais n’est pas un problème et généralement les conducteurs savent « optimiser » le poste carburant en allant dans les stations qui affichent les prix les plus bas sur leurs routes habituelles » ajoute Bertrand Lamarche, directeur département technologie et innovation au cabinet conseil ERCG. « Il est difficile de déterminer si une carte carburant est forcément plus performante que le fait de rechercher systématiquement le prix le moins cher à la pompe, surtout pour une petite entreprise à rayonnement local. Cela dépend des cas. En revanche, les services associés à la carte carburant sont des vrais plus pour l’entreprise et peuvent permettre des gains induits » précise Guillaume Cunty.

« La digitalisation de plus en plus importante des entreprises aide à développer les cartes carburant dans les plus petites flottes et abaisse le coût de captation du client, une donnée essentielle pour cet essor » ajoute Bertrand Lamarche. « Les clients historiques des cartes carburant sont globalement fidèles, sauf accident financier. La question de savoir si cela va durer avec le développement de l’offre et avec des clients plus sollicités que par le passé mérite d’être posée » précise alors Guillaume Cunty.

Quelles prestations ?

Quelles sont les conditions d’adhésion aux différentes cartes carburant présentes sur le marché ? Quelles sont les prestations appréciées par les entreprises ?

« Cela dépend de la marque. Chez DKV, il y a un minimum de transactions par mois et, bien entendu, la société cliente doit être solvable. N’importe quelle société peut donc obtenir une ou plusieurs cartes carburant selon ses besoins même si, encore une fois, les plus petites sociétés ne voient pas encore l’intérêt de disposer d’une carte carburant parce que le parc de véhicules est de faible taille. Les cartes carburant offrent pourtant de vrais avantages pour les entreprises, quelle que soit leur taille, notamment au niveau de la gestion et de l’aspect administratif même si le premier produit de la carte carburant, c’est le carburant » expose Guillaume Cunty, directeur filiale France de DKV.

« C’est vrai mais la notion de service est importante. La carte carburant est un moyen de paiement transférable entre collaborateurs ou entre véhicules. Il y a une population de monocartes. Leur démarche est, par rapport à une station de référence à proximité de leur activité, de disposer en plus d’une facturation centralisée ainsi que de la gestion de la récupération de la TVA » précise Bertrand Lamarche, directeur département technologie et innovation au cabinet conseil ERCG.

« Avec ces prestations de centralisation et de facturation, il ne faut pas non plus négliger les autres services associés disponibles en stations, comme le lavage. Les prestations associées à la carte carburant sont paramétrables à souhait, en fonction des besoins et attentes de l’entreprise et de ses collaborateurs » ajoute Jean-Paul Pareige, directeur cartes EFR. Selon Bertrand Lamarche, « nous préférons limiter les prestations annexes et notamment l’achat de lubrifiants. Nous pensons qu’il est préférable que les collaborateurs ne soulèvent pas le capot et portent leur véhicule pour l’entretien. Dans un passé pas si lointain, il y a eu beaucoup de casses moteurs liés à un niveau d’huile trop important, qui peut être aussi néfaste qu’un niveau trop faible ». « Cela est plus particulièrement vrai dans le cadre de flottes d’entreprises via la LLD, qui assure les prestations d’entretien » précise Jean-Paul Pareige.

Guillaume Cunty souligne alors que « la location longue durée est un levier pour le développement de la carte carburant. Toutes les enseignes de cartes carburant passent des accords avec les loueurs longue durée pour promouvoir leurs produits. Les loueurs sont demandeurs de nouveaux services ; chez nous aussi, le développement de service est un axe de développement. Il est par exemple possible de payer les péages ou de profiter d’accords avec des enseignes de spécialistes du pneu ou de la réparation rapide. Nous essayons de transformer le modèle pour pouvoir toucher et intéresser plus de clients ». « Il y a de plus en plus d’acteur sur un même secteur d’activité. Les agences bancaires développent aussi des services complémentaires vers la mobilité » ajoute Jean-Charles Martin, directeur commercial Chevin.

« Il faut quand même ne pas tout mélanger et surtout pas les cartes bancaires comme Mastercard qui n’est pas capable de fournir à l’entreprise une facture avec la TVA. Avec une carte carburant, l’entreprise est assurée de disposer d’une facilité de traitement de sa TVA et de disposer d’une gestion plus simple de son poste carburant. Chez les autres, ça reste avant tout une carte bancaire » renchérit Guillaume Cunty. « Ils disposent de données assez restreintes et ne prennent pas en compte cet aspect gestion » confirme Jean-Paul Pareige. « Le carburant est un poste complexe. Il faut ainsi connaître précisément la nature du produit enlevé en station afin d’y appliquer la bonne TVA. La gestion du poste carburant est une vraie spécialité et les émetteurs de cartes carburant disposent d’une expérience irremplaçable notamment grâce aux flottes de poids lourds » rappelle Bertrand Lamarche.

Les entreprises font appel aux prestataires proposant des cartes carburant afin de bénéficier d’une simplification de la gestion de leur poste carburant. Sous quelle forme peut se faire la remontée d’information ? « C’est au client de choisir quelles sont les informations dont il veut disposer et sous quelle forme. Cela étant, très logiquement, le choix des entreprises est, à 80 %, sous forme dématérialisée » explique Guillaume Cunty, directeur filiale France de DKV.

Les GMS : premiers concurrents ?

Face aux cartes carburants et aux accords qui les lient aux grands pétroliers, le premier concurrent de ces entreprises n’est-il pas la grande distribution ?

« Compte tenu de la captation directe des entreprises par les enseignes de la grande et moyenne distribution difficilement mesurable, il est compliqué de pouvoir comparer et mesurer » explique en premier Bertrand Lamarche, directeur département technologie et innovation au cabinet conseil ERCG. « La GMS représente environ 60 % de la distribution nationale de carburant en France. Il est logique que ces enseignes s’intéressent aux entreprises et lancent leur carte carburant. Cela étant, il ne semble pas que le succès soit aussi important qu’espéré. La limite du système est la couverture du réseau de stations qui reste régionale. Même Leclerc, avec ses 600 stations, n’a pas une stature nationale » ajoute Guillaume Cunty, directeur filiale France de DKV.

Pour Bertrand Lamarche, « la notion de réseau national est effectivement importante. Emettre et gérer une carte carburant, cela coûte cher et c’est un métier. L’émission de factures consolidées est une vraie difficulté. La GMS a une capacité de captation d’entreprises locales ou régionales certaine mais sa capacité d’offre de prestations pour les grandes structures est plus limitée ». « Auchan a du mal à développer sa carte carburant ; Leclerc a ouvert son réseau à d’autres cartes ; l’enlèvement de carburant par un professionnel est difficile à mesurer et il y a eu des transferts de clients en compte vers la carte carburant. Tout cela rend l’analyse difficile ; en revanche, une chose est sûre : nous sommes dans un monde en pleine mutation et dans lequel les entreprises cherchent à optimiser leurs flottes. Nous devons nous adapter à cette nouvelle stratégie d’entreprise et je pense que le marché va être très segmenté avec des offres allant de la carte carburant classique jusqu’à la mobilité » précise Jean-Paul Pareige, directeur cartes EFR.

« La conversion de la carte pétrolière vers la carte de crédit va être compliquée à réaliser » ajoute à son tour Bertrand Lamarche. « La gestion des carburants est un vrai métier par rapport à la facturation mais aussi au crédit financier que nous accordons en permanence à nos utilisateurs et à la gestion de la solvabilité des entreprises clientes » sourit Guillaume Cunty. « Les cartes carburants de la GMS sont généralement assez peu présentes et souvent viennent en complément de cartes classiques. La GMS, c’est du ponctuel. En revanche, les loueurs travaillent effectivement de plus en plus sur une carte « à tout faire ». Cela étant, les grandes sociétés ont de plus en plus tendance à référencer plusieurs loueurs. Le client sera toujours multi-fournisseur, il en va de sa sécurité et parfois de sa survie » précise Jean-Charles Martin, directeur commercial Chevin. « Il est évident que plus l’entreprise sera importante et plus la carte carburant sera en dehors du loueur » renchérit Guillaume Cunty.

Compatibles avec les nouvelles énergies

Le terme de carte carburant fait immédiatement penser au bon vieux dérivé de pétrole qui coule depuis la pompe dans le réservoir de nos chères autos. Compte tenu du développement plus que probables de nouvelles énergies dans les années à venir, les cartes carburant peuvent-elles intégrer ces nouveaux carburants, comme l’électricité, le gaz naturel ou même l’hydrogène ?

« Il n’y a, a priori, aucun problème de compatibilité entre ces carburants et les carburants historiques » lance Bertrand Lamarche, directeur département technologie et innovation au cabinet conseil ERCG. « Nous équipons de plus en plus nos stations de bornes de recharge, notamment sur les autoroutes avec des bornes rapides, en accord avec Tesla. Au travers de la carte carburant, il est tout à fait possible d’acheter de l’électricité « carburant », cela fait partie des services proposés. Nous souhaitons apporter des services supplémentaires dans nos points de vente. L’offre de services dans les stations va évoluer, et pas seulement sur les autoroutes » expose Jean-Paul Pareige, directeur cartes EFR.

« Nous allons lancer une carte « hybride » à la rentrée prochaine, ce qui nous permettra de mieux discuter avec les entreprises qui disposent de ce type de véhicule dans leur parc. Il va y avoir de nouvelles opportunités avec de nouveaux services dans les stations, c’est sûr. Pour l’instant, il n’y a qu’un seul opérateur qui assure l’interopérabilité entre les différentes bornes et nous voulons être une alternative à cette offre. L’électricité représente un nouveau paradigme, avec un process de vente différent même si ensuite adosser cette prestation à une carte carburant n’est pas compliqué. Idem en ce qui concerne le GNV. DKV s’est ouvert au GNV depuis peu et il s’agit d’un axe de développement pour nous » ajoute Guillaume Cunty, directeur filiale France de DKV. « Nul doute que de nouvelles alliances vont se créer pour permettre d’offrir des prestations complémentaires à l’image de l’autopartage » explique à son tour Bertrand Lamarche.

Carte physique ou appli ?

A l’heure de la dématérialisation et du développement massif des applications pour smartphone, n’est-il pas dépassé de disposer d’une carte carburant dans son portefeuille ? La réaction de Guillaume Cunty, directeur filiale France de DKV fuse instantanément : « Ce qui est important, c’est le service, pas le support ! Il ne s’agit pas pour nous d’une menace et plutôt d’une opportunité. Nous devons être prêt à assurer ce passage, cette dématérialisation. Reste à régler le problème de l’interdiction de l’utilisation d’un téléphone portable à la pompe ! ».

« La carte carburant sera sans doute dématérialisée dans un proche avenir. Mais, outre le problème de l’utilisation d’un portable dans une station-service souligné à l’instant, il faut aussi que l’entreprise fournisse un téléphone à ses collaborateurs, ce qui n’est pas toujours le cas » explique à son tour Jean-Paul Pareige, directeur cartes EFR. « Les cartes carburant vont connaître la même évolution que les moyens de paiement. D’un point de vue marketing, une application permettra d’afficher un logo de taille plus imposante qu’une carte classique. Il faudra aussi être attentif à la sécurité ; une carte carburant classique est un moyen de paiement sûr ; qu’en sera-t-il d’une application sur un portable ? » ajoute Bertrand Lamarche, directeur département technologie et innovation au cabinet conseil ERCG. « Je pense que la carte classique va sans doute disparaître mais il s’agit, selon moi, plutôt d’une opportunité. Le principe des applications va sans doute permettre de proposer de nouveaux services » précise à son tour Jean-Charles Martin, directeur commercial Chevin.

En conclusion

« La carte carburant, c’est un vrai métier, en pleine maturité et qui va encore évoluer grâce aux nouveaux supports. Le service est et reste primordial. Une carte carburant, c’est avant tout du service et un package pour gérer au mieux le poste carburant et les frais liés au déplacement des véhicules dans l’entreprise » explique Bertrand Lamarche, directeur département technologie et innovation au cabinet conseil ERCG. Selon Guillaume Cunty, directeur filiale France de DKV, « Il convient d’accompagner les changements dans la société et dans l’entreprise. La carte carburant est une vieille dame qui a de l’avenir dans les nouvelles prestations et les usages. Il ne faut pas tomber dans la confusion qui peut exister et que certains essayent de mettre en place entre carte carburant et carte bancaire. La banque, ce n’est pas le même métier que le carburant ».

Pour Jean-Paul Pareige, directeur cartes EFR (European Forecourt Retail Group), « La carte carburant a besoin de s’adapter aux nouvelles attentes et besoins des entreprises. Nous sommes entrés dans une ère de segmentation plus forte avec des services différents et une nouvelle offre à apporter au niveau de la mobilité, des services, de la dématérialisation de la carte. La carte carburant est encore un produit d’avenir mais a besoin d’évoluer ».

En conclusion, Jean-Charles Martin, directeur commercial Chevin, rappelle que « la transformation digitale touche toutes les industries. Elle représente un apport technologique pour les pétroliers, les loueurs et donc pour les cartes carburant. De leur côté, les constructeurs développent leurs véhicules connectés ; il est tout à fait envisageable d’imaginer une carte carburant intégrée dans les véhicules ou dans les prestations des constructeurs. Les nouvelles technologies représentent aussi des opportunités d’offres de nouveaux services à valeur ajoutée, au-delà de la carte carburant elle-même et sans perdre le métier de base ».

Les intervenants de notre table ronde
- Bertrand Lamarche, directeur département technologie et innovation au cabinet conseil ERCG
- Guillaume Cunty, directeur filiale France de DKV
- Jean-Paul Pareige, directeur cartes EFR (European Forecourt Retail Group)
- Jean-Charles Martin, directeur commercial Chevin

Le retour en grâce de l’essence ?

Après des années de disgrâce, tant pour des raisons faussement environnementales que fiscales, l’essence retrouve des couleurs, du moins auprès des particuliers, voire des entreprises dont les véhicules roulent beaucoup en ville. Cela se ressent-il au niveau des enlèvements effectués avec les cartes carburants de nos interlocuteurs ? Selon Guillaume Cunty, directeur filiale France de DKV, « même si les choses bougent un peu, cela ne se ressent pas encore dans les volumes d’enlèvement de carburant ».

« C’est un changement à la marge même si le développement de l’essence dans les flottes d’entreprises pourrait décoller quand la fiscalité sera plus favorable » explique à son tour Jean-Paul Pareige, directeur cartes EFR. « Les choses changent uniquement avec les voitures hybrides ou les véhicules statutaires, de direction. Pour le reste, la part du gazole reste largement majoritaire » confirme Bertrand Lamarche, directeur département technologie et innovation au cabinet conseil ERCG. « L’incitation fiscale est encore trop timide. Il faut attendre quelques années pour que cela soit réellement incitatif et fasse changer les comportements dans les entreprises » conclut Jean-Charles Martin, directeur commercial Chevin.

Par Guillaume Geneste et Louis Daubin

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